Devant un poivron Cubanelle, extra et prolifique dans la vallée du Loir (Kokopelli),de gauche à droite : tomate Caro Rich, charnue et précoce (Juillet), Auriga très précoce (fin juin, pour la salade uniquement car acidulette), Rose de Berne et Raisin vert, extra (Août) chez Biau Germe et Germinance. A droite, un périlla de Nankin, à ciseler sur les potages asiatiques.
Graines bio, graines de gastronome
Les graines traditionnelles cultivées dans les petites fermes bio (Biau Germe, Germinance, Graines del pais, Jean-Luc Daneyrolles, Semailles, Essembio, Kokopelli), donnent des légumes bien plus savoureux et bien plus rustiques que les sélections modernes, avant tout étudiées pour voyager et se laisser tripoter en self-service, sans se cabosser!
Conseil au gourmet, explorez les catalogues de ces artisans de la semence, car ces gens-là sont aussi des cordons-bleus et ils ne nous proposent que des légumes dégustés, appréciés. A leurs risques et périls, car, curieusement, dans un pays aussi attaché à sa tradition gastronomique que le nôtre, cette démarche est illégale.
En France, la sélection officielle n’a pas le bon goût dans ses critères, heureusement le goût de la résistance n’a pas disparu avec les vieilles courges d’antan. Mais pour la suite, ce n’est pas gagné.
amarante pourpre, le meilleur et le plus productif des épinards d’été. Superbe à l’automne. Se ressème spontanément
Militants des délices et de la liberté
Les tracasseries s’accumulent pour les tenants du bio vivant et délicieux : telle betterave rouge de Detroit (Germinance) étonnamment succulente après des années de sélection attentive a failli se faire recaler car elle manquait de feuilles pour correspondre au standard ; tel haricot qui avait vaillamment survêcu à une épidémie faillit coûter à ses cultivateurs (Biau germe) de gros problèmes pour non conformité sanitaire. Celle-ci étant basée sur une batterie de traitements naturellement si je puis dire, étrangers à la philosophie de la bio qui veut que ça se débrouille et fait confiance au patient travail de sélection de la nature qui écrème les plantes les plus fragiles…Heureusement, sur le terrain, les techniciens chargés d’appliquer tout ça se montrent souvent compréhensifs, car ils ont bien conscience que ces petites entreprises mènent, bénévolement, un travail de sauvegarde qui relève du bien commun.
Mais cette situation est éminemment fragile.
Dernier bug en date, le procès perdu par Kokopelli, à la requête du grainetier Baumaux et du GNIS, l’organisme officiel chargé de surveiller le marché.
En France en effet, toutes les semences vivrières sont soumises à une inscription sur un catalogue officiel, selon des critères peu compatibles avec les valeurs défendues par les cultivateurs de semences bio : Saveur, adaptation aux terroirs et donc variabilité génétique préservée, liberté de reproduction, contre résistance aux chocs et aux traitements d’enfer, standardisation et reproduction contrôlée, entre les mains de firmes généralement multinationales, qui de l’hybride à l’OGM ont entrepris depuis une cinquantaine d’années de s’approprier le marché des semences.
Et par là de faire main basse sur un patrimoine vivrier construit par des milliers de cultivateurs attentifs…et non rémunérés, bien que leurs obtentions soient toutes crées à partir de semences paysannes et maraîchères.
Graines del pais organise chaque été des dégustations de tomates pour enrichir sa gamme, ici à Olargues lors de la fête bio.
Acheter des semences bio, un geste citoyen
A plusieurs titres.
D’abord parce qu’en dépit d’une directive européenne vieille de 10 ans, enjoignant aux Etats membres de mettre en place un système préservant l’avenir de ces semences tissées dans notre patrimoine culturel, en France, pays roi de la diversité potagère et fruitière (plusieurs siècles de gourmets ont travaillé à se fignoler les papilles!) le résultat est pitoyable: une réglementation tatillonne catalogue les plantes vivrières autorisées à la vente, et, depuis 1997, interdit aux professionnels de cultiver le meilleur, le réservant aux jardiniers amateurs.
Le comble de la tartufferie c’est que ce dispositif est soi-disant sensé préserver notre patrimoine de semences vivrières.
Las, comme naturellement l’inscription à ces catalogues n’est pas gratuite, et comme elle est –théoriquement- assortie d’un protocole complexe et en l’occurence inapplicable (c’est quoi le portrait robot d’une salade qui n’existe plus que dans un jardin?), on assiste à un cafouillis de village gaulois : Pour les inscriptions, on s’arrange, au coup par coup, mais nul ne sait si demain on s’arrangera encore.
Cultiver ces semences n’est pas une sinécure, leur conserver leurs caractéristiques particulières demande un soin, une compétence qui relèverait du service public. Non seulement ce travail n’est pas rémunéré, mais il reste soumis aux aléas d’une inspection sévère.
Anne-Claire (Germinance), inspectant ses laitues montées en graine. Repérer les bons plants, récolter à point nommé, trier avec soin, savoir conserver, sont des points majeurs dans le très délicat et noble travail du semencier.
Pareil pour les supermarchés. Ils vous affichent la tomate « ancienne » à 7 euros le kilo en toute impunité.
L’association Kokopelli en revanche, tient le haut du hit-parade des poursuites et vient de se voir pénalisée par la Cour d’appel de Nîmes sur un argumentaire juridique assez contourné…. Les explications embarrassées de Nathalie Kosciusko-Morizet, cliente avouée (France Inter) de Kokopelli n’ ont toujours pas tiré l’association d’affaire et on doute qu’avec une condamnation à payer des milliers d’euros de pénalités, elle puisse poursuivre son activité.
Elle s’occupe pourtant joyeusement à répandre un maximum de semences dans un maximum de jardins, via notamment la belle idée du parrainage : choisissez un haricot, une salade, un chou…qui n’intéressent plus personne car ils font peu de chiffre d’affaires, semez le dans votre jardin, récoltez les graines, (on vous donne le mode d’emploi) et répandez-les autour de vous. Gratuitement, amicalement, pour sauvegarder son existence.
Car n’en déplaise aux promoteurs (vraiment désintéressés?) du bunker norvégien superfrigorifié, c’est en pleine terre que les plantes vivent et se propagent à leur aise, c’est dans les champs que la biodiversité s’entretient. Les congélateurs sont un pis-aller, voire une menace pour la liberté et le goût des bonnes choses qui ne se monnaient pas.
Partage, joie de vivre et de savourer ensemble trouvailles et savoir-faire doivent disparaître dans une société qui ne se voit pas sombrer dans la chasse brutale à la moindre miette de profit.
Le jardinier, qui cultive le bien-être et ces amitiés discrètes et souvent aussi fugitives qu’un perce-neige, qui se nouent autour d’une poignée de graines ou d’une petite bouture, tient un trésor entre ses mains habiles : celui de perpétuer l’échange joyeux et fraternel de ce patrimoine vivrier.
C’est la saison d’emplir les potagers de légumes exquis, allez donc faire un tour du côté des semenciers bio. Et pour fêter le printemps, faites vivre cet aimable réseau. Et régalez-vous !
LES LIENS, les contacts
www.biaugerme.com; www.germinance.com ; www.semaille.com; www.kokopelli.asso.fr ; www.essembio.com ; le catalogue de Jean-Luc Danneyrolles est en ligne sur http://coursjulien.marsnet.org/tele/potagercatalogue.pdf
on peut aussi le rencontrer au marché d’Apt et savourer ainsi avant de semer!
mail graines del pais : delpais@wanadoo.fr, Michèle Jouniaux Le village11240 Bellegarde-du-Razes, 04 68 69 81 79
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Publié par savoirspartages 
