Archives pour la catégorie biodiversite

TOMATES: CULTIVONS LA BIODIVERSITE RESISTANTE!

tomates-toujours-verte,-coeTomates Pêche blanche, douce, Toujours verte, extra en jardin ensoleillé,  Géante de Berao, extra séchée, Matina, l’une des plus précoces.

  Bonne nouvelle: les jardiniers cultivent la gastronomie. En grands curieux:  à la question « quelles tomates ont résisté chez vous en la misérable année 2014 », les 209 réponses reçues à RTL et à la Folie des plantes de Nantes, citent 38 variétés, dont 32 librement reproductibles.  Les 2 premières, Coeur de boeuf et Cornue des Andes tiennent le haut du hit-parade très loin devant des hybrides (30 citations contre 4 au mieux!) pourtant crées pour résister aux maladies.

Alors? Les jardiniers plus fûtés que les as de la recherche? On dirait bien!

Le hit-parade des gastronomes

coeur-de-boeuf-jaune&rouge-De gauche à droite: Coeur de boeuf orange, Rose de Berne, Cornue des Andes (Biau germe), Coeur de boeuf rouge (Germinance). Les vraies Coeur de boeuf sont lisses, douces, charnues avec très peu de graines.

1eres ex-aequo (30 citations), les Coeur de boeuf – toutes couleurs confondues- et la Cornue des Andes, de plus en plus souvent renommée Andine cornue.

2e : la tomate cerise, (21 citations ) comme la coeur de boeuf  sans distinction de variante.

3e :  Noire de Crimée (14 citations)

4e :  Rose de Berne (10 citations)

5e : Green Zebra (8 citations)

6e ex-aequo : Marmande  et St Pierre (6 citations)

7e  ex-aequo Montfavet F1 et Pyros F1 (4 citations)

8e  : Toujours verte (3 citations)

9e ex-aequo  : Matina, Miel du Mexique et Verna (2 citations)

tomates-de-gauche-a-dte-gea

De gauche à droite, Géante russe, Black Prince (Prince noir), Rose de Berne. Black Prince donne dès fin juillet, les fruits d’août sont plus gros. Ne la confondez pas avec Noire de Tula, hyper sensible au mildiou!

 

Bien sûr ce n’est qu’un petit sondage, mais, il ne porte que sur les variétés qui dans un potager frappé par la maladie ont résisté (les jardiniers qui n’ont pas eu de souci n’ont pas eu le droit de s’exprimer ici!).  Bien sûr, il reflète les variétés favorites des jardiniers interrogés, sur un échantillon restreint (un sondage « valable » réunit 1000 personnes d’origines variées). Mais le cortège des variétés citées 1 fois atteste d’un appétit pour les tomates traditionnelles choisies pour leur saveur! Ananas,  Black Prince, Berao, Brandywine, Coeur de velours, Gardeners’s Delight, Goliath, Grégory Altaï,  Humer’s Fire,  Marglobe, Miel du Mexique, Pêche blanche, Russe, Verna montrent bien avec quelle curiosité les jardiniers explorent les catalogues. C’est d’autant plus remarquable,  qu’au marché on trouve surtout les plants  pas chers de Pyros, Montfavet, Agora, Paola, Ferline et autres Cobra hybrides F1, c’est à dire non reproductibles.

Pour Jean-Claude Grelin, grainetier très connaisseur d’Arbin (Savoie), ce palmarès n’est pas surprenant, les tomates citées en tête provenant toutes de régions assez fraîches. Il ajoute à la liste, la Brandywine, une énorme rose à la saveur fruitée, hélas à la fois sensible aux viroses et au mildiou dans l’ouest.

Améliorer la résistance de ses tomates préférées

Pour info, je cultive avec succès depuis 4 années assez frappées par le mildiou et autres calamités (car les tomates attrapent aussi des virus), Black Prince, une excellente tomate noire plus productive et précoce que la Noire de Crimée mais moins grosse, Géante de Berao, que j’adore sécher au soleil et Matina, une petite ronde très précoce.

Sur les conseils de Germinance et Biau Germe, j’en reproduis les graines prélevées sur les plus beaux plants afin de commencer une sélection résistante aux maladies. Il est encore trop tôt pour vérifier que ça marche, mais 4 ans de succès sont déjà encourageants. Cette année je commence le programme Gregory Altaï, une savoureuse grosse rose de la fin juillet, qui l’an passé a été parmi le quart des survivantes de ma plantation foudroyée par le mildiou.

Où trouver ces bonnes tomates

Les catalogues ressource: Biau germe, Germinance, Graines Grelin grelinette, La boite à graines, Kokopelli. Les commandes arrivent dans les 2-3 jours, et ne vous inquiétez pas, vous serez à l’heure pour les plantations, car la période idéale pour les SEMIS, c’est maintenant et jusqu’au 10 avril.

Pour les plantations, avant le 15 mai, même sous abri c’est suicidaire! Très sensibles aux coups de froid, les plants de tomates prennent souvent froid sur le parcours magasin-coffre de la voiture! Seuls les maraîchers avec grande serre et les jardiniers du Midi peuvent planter en avril. Mais au premier courant d’air, adieu les tomates!

Semis réussis mode d’emploi voir le post de dimanche 22 mars. En attendant, faites chauffer les boites à semis. Les tomates lèvent mieux dans le terreau tiède!

 

Publicités

les graines du bio citoyen gastronome

semencesbiow.jpg
Devant un poivron Cubanelle, extra et prolifique dans la vallée du Loir (Kokopelli),de gauche à droite : tomate Caro Rich, charnue et précoce (Juillet), Auriga très précoce (fin juin, pour la salade uniquement car acidulette), Rose de Berne et Raisin vert, extra (Août) chez Biau Germe et Germinance. A droite, un périlla de Nankin, à ciseler sur les potages asiatiques.

Graines bio, graines de gastronome

Les graines traditionnelles cultivées dans les petites fermes bio (Biau Germe, Germinance, Graines del pais, Jean-Luc Daneyrolles, Semailles, Essembio, Kokopelli), donnent des légumes bien plus savoureux et bien plus rustiques que les sélections modernes, avant tout étudiées pour voyager et se laisser tripoter en self-service, sans se cabosser!

Conseil au gourmet, explorez les catalogues de ces artisans de la semence, car ces gens-là sont aussi des cordons-bleus et ils ne nous proposent que des légumes dégustés, appréciés. A leurs risques et périls, car, curieusement, dans un pays aussi attaché à sa tradition gastronomique que le nôtre, cette démarche est illégale.

En France, la sélection officielle n’a pas le bon goût dans ses critères, heureusement le goût de la résistance n’a pas disparu avec les vieilles courges d’antan. Mais pour la suite, ce n’est pas gagné.

amarante-pourpre.jpg amarante pourpre, le meilleur et le plus productif des épinards d’été. Superbe à l’automne. Se ressème spontanément

 

Militants des délices et de la liberté

Les tracasseries s’accumulent pour les tenants du bio vivant et délicieux : telle betterave rouge de Detroit (Germinance) étonnamment succulente après des années de sélection attentive a failli se faire recaler car elle manquait de feuilles pour correspondre au standard ; tel haricot qui avait vaillamment survêcu à une épidémie faillit coûter à ses cultivateurs (Biau germe) de gros problèmes pour non conformité sanitaire. Celle-ci étant basée sur une batterie de traitements naturellement si je puis dire, étrangers à la philosophie de la bio qui veut que ça se débrouille et fait confiance au patient travail de sélection de la nature qui écrème les plantes les plus fragiles…Heureusement, sur le terrain, les techniciens chargés d’appliquer tout ça se montrent souvent compréhensifs, car ils ont bien conscience que ces petites entreprises mènent, bénévolement, un travail de sauvegarde qui relève du bien commun.

Mais cette situation est éminemment fragile.

Dernier bug en date, le procès perdu par Kokopelli, à la requête du grainetier Baumaux et du GNIS, l’organisme officiel chargé de surveiller le marché.

En France en effet, toutes les semences vivrières sont soumises à une inscription sur un catalogue officiel, selon des critères peu compatibles avec les valeurs défendues par les cultivateurs de semences bio : Saveur, adaptation aux terroirs et donc variabilité génétique préservée, liberté de reproduction, contre résistance aux chocs et aux traitements d’enfer, standardisation et reproduction contrôlée, entre les mains de firmes généralement multinationales, qui de l’hybride à l’OGM ont entrepris depuis une cinquantaine d’années de s’approprier le marché des semences.

Et par là de faire main basse sur un patrimoine vivrier construit par des milliers de cultivateurs attentifs…et non rémunérés, bien que leurs obtentions soient toutes crées à partir de semences paysannes et maraîchères.

Bref, une espèce de hold-up qui se déroule sous nos yeux globalement assez indifférents. Car aujourd’hui, de la graine à l’assiette, le citoyen d’abord consommateur ne perçoit plus le lien ténu et riche d’une chaîne qui de bouche à oreille, de main en main fait voyager les plantes depuis des siècles, sur ce critère pourtant fabuleux : la curiosité, aimable et partageuse.

 

degustation-tomates-avec-gr.jpg Graines del pais organise chaque été des dégustations de tomates pour enrichir sa gamme, ici à Olargues lors de la fête bio.

 

Acheter des semences bio, un geste citoyen

A plusieurs titres.

D’abord parce qu’en dépit d’une directive européenne vieille de 10 ans, enjoignant aux Etats membres de mettre en place un système préservant l’avenir de ces semences tissées dans notre patrimoine culturel, en France, pays roi de la diversité potagère et fruitière (plusieurs siècles de gourmets ont travaillé à se fignoler les papilles!) le résultat est pitoyable: une réglementation tatillonne catalogue les plantes vivrières autorisées à la vente, et, depuis 1997, interdit aux professionnels de cultiver le meilleur, le réservant aux jardiniers amateurs.

Le comble de la tartufferie c’est que ce dispositif est soi-disant sensé préserver notre patrimoine de semences vivrières.

Las, comme naturellement l’inscription à ces catalogues n’est pas gratuite, et comme elle est –théoriquement- assortie d’un protocole complexe et en l’occurence inapplicable (c’est quoi le portrait robot d’une salade qui n’existe plus que dans un jardin?), on assiste à un cafouillis de village gaulois : Pour les inscriptions, on s’arrange, au coup par coup, mais nul ne sait si demain on s’arrangera encore.

Cultiver ces semences n’est pas une sinécure, leur conserver leurs caractéristiques particulières demande un soin, une compétence qui relèverait du service public. Non seulement ce travail n’est pas rémunéré, mais il reste soumis aux aléas d’une inspection sévère.

anne-claire-germinance.jpg Anne-Claire (Germinance), inspectant ses laitues montées en graine. Repérer les bons plants, récolter à point nommé, trier avec soin, savoir conserver, sont des points majeurs dans le très délicat et noble travail du semencier.

 

Dans les faits, personne ne respecte la dite réglementation. Cependant, tous ne sont pas punis avec la même rigueur républicaine. Les chefs étoilés ont été les premiers à remettre à leur carte tomates, courges et autres « légumes oubliés » hors-la-loi. Mais vous n’en trouverez pas un qui ait été traîné en justice.

Pareil pour les supermarchés. Ils vous affichent la tomate « ancienne » à 7 euros le kilo en toute impunité.

L’association Kokopelli en revanche, tient le haut du hit-parade des poursuites et vient de se voir pénalisée par la Cour d’appel de Nîmes sur un argumentaire juridique assez contourné…. Les explications embarrassées de Nathalie Kosciusko-Morizet, cliente avouée (France Inter) de Kokopelli n’ ont toujours pas tiré l’association d’affaire et on doute qu’avec une condamnation à payer des milliers d’euros de pénalités, elle puisse poursuivre son activité.

Elle s’occupe pourtant joyeusement à répandre un maximum de semences dans un maximum de jardins, via notamment la belle idée du parrainage : choisissez un haricot, une salade, un chou…qui n’intéressent plus personne car ils font peu de chiffre d’affaires, semez le dans votre jardin, récoltez les graines, (on vous donne le mode d’emploi) et répandez-les autour de vous. Gratuitement, amicalement, pour sauvegarder son existence.

Car n’en déplaise aux promoteurs (vraiment désintéressés?) du bunker norvégien superfrigorifié, c’est en pleine terre que les plantes vivent et se propagent à leur aise, c’est dans les champs que la biodiversité s’entretient. Les congélateurs sont un pis-aller, voire une menace pour la liberté et le goût des bonnes choses qui ne se monnaient pas.

Partage, joie de vivre et de savourer ensemble trouvailles et savoir-faire doivent disparaître dans une société qui ne se voit pas sombrer dans la chasse brutale à la moindre miette de profit.

Le jardinier, qui cultive le bien-être et ces amitiés discrètes et souvent aussi fugitives qu’un perce-neige, qui se nouent autour d’une poignée de graines ou d’une petite bouture, tient un trésor entre ses mains habiles : celui de perpétuer l’échange joyeux et fraternel de ce patrimoine vivrier.

C’est la saison d’emplir les potagers de légumes exquis, allez donc faire un tour du côté des semenciers bio. Et pour fêter le printemps, faites vivre cet aimable réseau. Et régalez-vous !

LES LIENS, les contacts

www.biaugerme.com; www.germinance.com ; www.semaille.com; www.kokopelli.asso.fr ; www.essembio.com ; le catalogue de Jean-Luc Danneyrolles est en ligne sur http://coursjulien.marsnet.org/tele/potagercatalogue.pdf

on peut aussi le rencontrer au marché d’Apt et savourer ainsi avant de semer!

mail graines del pais : delpais@wanadoo.fr, Michèle Jouniaux Le village11240 Bellegarde-du-Razes, 04 68 69 81 79

UN COMMENTAIRE? CLIQUEZ CI-DESSOUS